Pts de la constitution européenne
Economie sociale
Article I-3 de la Constitution européenne : « LUnion a pour but de promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples.LUnion offre à ses citoyens un espace de liberté et de justice sans frontières intérieures et un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée. LUnion uvre pour le développement durable de lEurope fondé sur une croissance économique équilibrée, une économie sociale de marché hautement compétitive qui tend au plein-emploi, au progrès social et à un niveau élevé de protection et damélioration de la qualité de lenvironnement. »
Olivier Duhamel
OUI Par-delà droite et gauche, nous nous accordons sur des objectifs communs qui doivent orienter les politiques européennes. Droite et gauche se confrontent pourtant sur certains dentre eux, et les dissensions dans la Convention ont été résolues par les adjonctions : croissance économique et progrès social, libre concurrence et protection sociale
Les socialistes européens, à force dinsistance, ont obtenu que le texte ne parle pas dun « haut niveau demploi », comme dans les traités en vigueur, mais bien du « plein-emploi » . Ils ont finalement été suivis pour ladjonction de léconomie « sociale » de marché. Le sceptique se gaussera dobjectifs purement déclaratifs. Lidéaliste se réjouira que lon dessine un horizon. Le réaliste précisera que lesdits objectifs, inscrits dans la Constitution, peuvent mieux inspirer les institutions européennes.
Jacques Généreux
NON On allonge ici la liste des bonnes intentions avec le « plein-emploi » et « léconomie sociale de marché » . Vux pieux puisque, dans le reste du traité, les instruments nécessaires à une politique de croissance et de progrès social sont interdits : les emprunts, lharmonisation du droit social, les normes salariales, la politique monétaire qui est réservée à la lutte contre linflation.
Pour la première fois, la « concurrence libre et non faussée » (jusquici simple moyen) est élevée au rang dobjectif. On ne pourra donc plus fonder une norme restreignant la libre concurrence au nom dune finalité sociale étant donné quelle constitue elle-même un objectif. Tout économiste sain desprit sait que seule la concurrence tempérée et régulée par des conventions sociales et des normes publiques est source defficacité et de progrès social.
Travail
Article II-75 « Toute personne a le droit de travailler et dexercer une profession librement choisie ou acceptée. Tout citoyen de lUnion a la liberté de chercher un emploi, de travailler, de sétablir ou de fournir des services dans tout Etat membre. Les ressortissants des pays tiers qui sont autorisés à travailler [
] ont droit à des conditions de travail équivalentes à celles dont bénéficient les citoyens de lUnion. »
OUI La Charte affirme le droit de travailler, pas le droit au travail. Faut-il y voir la preuve la plus flagrante des limites du texte, en retrait sur dautres ? Faut-il y voir la preuve la plus nette que la Charte formule des droits aptes à être garantis et non des vux pieux ? Au moins ne rencontrerons-nous pas de chômeurs pour dire quils tiennent pour foutaise une charte prétendant quexiste le droit au travail puisquils nen trouvent pas. La terminologie adoptée résulte dun compromis entre les tenants du « tout » et ceux du « rien ». Pas de garantie dobtenir un emploi, mais le droit de ne pas sen faire refuser un de façon discriminatoire.
NON Le droit au travail est le premier droit fondamental de larticle premier de la Charte des droits sociaux et fondamentaux de Turin. La Constitution le remplace par « le droit de travailler » . Cest la contrepartie pour faire passer lobjectif purement déclaratoire du « plein-emploi » . Lemploi est une finalité générale, mais ce nest pas un droit fondamental justifiant des politiques volontaristes entravant la liberté absolue des marchés. On justifie cette reculade au nom du réalisme. Soyons sérieux ! Au nom du réalisme, on devrait supprimer la plupart des droits fondamentaux qui évidemment définissent seulement un idéal.
Droits sociaux
Article II-89 à 91 « Toute personne a le droit daccéder à un service gratuit de placement.Tout travailleur a droit à une protection contre tout licenciement injustifié, conformément au droit de lUnion et aux législations et pratiques nationales [
]. Tout travailleur a droit à une limitation de la durée maximale du travail et à des périodes de repos [
] ainsi quà des congés payés [
]. »
OUI La Charte des droits fondamentaux ne se situe pas sur le terrain des objectifs politiques, mais sur celui des droits à garantir. Cest pourquoi la privation demploi nest pas prohibée, seul le licenciement injustifié lest. Cette protection exige un motif de licenciement lié à laptitude, ou encore à la conduite du travailleur, ou au fonctionnement de lentreprise, et non à larbitraire patronal.
La Charte consacre également la limitation de la durée du travail, le droit au repos, et le droit aux congés payés. Pour lEurope, ce sont des acquis. Pour dautres pays, il sagit dun rêve.
NON A première vue on est tenté dapplaudir à ces dispositions. Mais posez-vous la question : existe-t-il des licenciements « injustifiés » ? Non, sauf si vous prenez la peine dexpliciter ce que vous entendez par là.
Mais la Constitution sen garde bien. Elle renvoie pour cela aux pratiques nationales, ce qui revient à se satisfaire dune situation où lon peut dordinair e l icencier tout le personnel dun établissement au motif quun taux de profit de 10 % nest pas suffisant lorsque lon peut obtenir 15 % ailleurs. Quant à lénumération des droits sociaux, rien de neuf, aucune avancée !
Relations avec les Etats-Unis
Article I-41-7 « Au cas où un Etat membre serait lobjet dune agression menée sur son territoire, les autres Etats membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir. [
] Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de lOrganisation du traité de lAtlantique Nord, qui reste, pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et linstance de sa mise en uvre. »
OUI Le traité Atlantique Nord de 1949 associe les Etats dEurope occidentale aux Etats-Unis et au Canada. LEurope occidentale nimagine pas assumer elle-même sa défense. Paradoxalement, ce sont les Etats-Unis qui demanderont aux Européens de se prendre davantage en charge, souhaitant par la même occasion permettre le réarmement de lAllemagne de lOuest.
Ce bref rappel historique simpose tant il pèse à larrière-plan des débats constitutionnels sur la défense. Les uns veulent une Europe active, les autres préfèrent sen tenir au parapluie américain.
NON Comment peut-on ligoter par avance notre politique de défense par une exigence de compatibilité avec la politique dune organisation dominée par les Etats-Unis ? Cest là une concession inacceptable aux atlantistes, qui naspirent en effet, pour lheure, quà faire du business sous la protection militaire des Américains.
Selon ce traité, il ny a pas de défense « européenne » à proprement parler. Le fondement et linstance de la défense collective des Européens, cest lOrganisation du traité de lAtlantique Nord (Otan). Cest écrit et cela se passe de commentaire.
Budget
Article I-54 « LUnion se dote des moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs et pour mener à bien ses politiques. Le budget de lUnion est intégralement financé par des ressources propres, sans préjudice des autres recettes. [
] Une loi européenne du Conseil des ministres fixe les modalités des ressources de lUnion. Le Conseil des ministres statue après approbation du Parlement européen. »
OUI Parcimonieuse, lEurope. Cet article le confirme malgré les apparences. « LUnion se dote des moyens nécessaires », affirme-t-il. Elle ne le fait pourtant pas. On prévoit de grands travaux pour mettre en uvre une véritable politique des transports, avec des réseaux trans-européens. Mais les projets ne sont pas réalisés faute dargent. Il faudrait 600 milliards deuros là où lon trouve 5 milliards deuros par an.
A noter que les modalités des ressources sont adoptées non plus à lunanimité mais à la majorité du conseil et sans ratification nationale. Ce verrou a donc été levé.
NON Juxtaposition tragi-comique de la puissance proclamée (on « se dote des moyens nécessaires
» ) et de limpuissance effectivement organisée : cet article interdit à lUnion demprunter ne serait-ce que 1 euro ! Avec un budget plafonné à 1,27 % du PIB, lUnion est incapable de promouvoir la moindre action denvergure.
Tandis que les autres grandes puissances utilisent sans réserve largent public pour financer politiques industrielles et de recherche ou pour soutenir leur activité, lUnion sinterdit le recours aux mêmes armes que ses concurrents : elle programme son incapacité à subir le choc de la compétition mondiale.