Trois questions à... Fadela Amara, présidente de Ni putes ni soumises
Ce travail sociologique est fondé sur des chiffres officiels qui ne reflètent pas forcément la réalité. Dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, il faut compter avec la loi du silence.
Les témoignages que nous continuons à recevoir montrent que la libération de la parole, en cas de ce qu'il faut avoir le courage d'appeler viol collectif, est beaucoup plus difficile qu'en cas de viol perpétré par une seule personne.
En parler, pour une jeune fille qui vit dans une cité, c'est encore très, trè! s difficile parce que cela touche à son intimité et à son intégrité morale et physique. Beaucoup sont détruites et se taisent. Et celles-là, elles ne figureront jamais dans les statistiques.
2- Laurent Mucchielli affirme qu'en insistant sur les violences contre les femmes dans les cités vous finissez par stigmatiser l'islam et les jeunes issus de l'immigration. Que lui répondez-vous ?
Comme je l'ai toujours dit, la situation catastrophique des banlieues n'est pas liée à l'islam ou à l'immigration mais à trois phénomènes : le chômage de masse des années 1990, la discrimination la République ne sait pas intégrer tous ses enfants et l'émergence de l'islamisme. Je ne suis pas née de la dernière pluie. Je sais que ce discours se situe sur une ligne de crête : il peut être instrumentalisé et asseoir des politiques de répression contre les jeunes des quartiers. Mais moi, ces politiques, je les dénonce.
Si un jeune a commis un méfait, je t! rouve normal qu'il paye, mais je veux de vraies politiques de ! prévention pour aider ces jeunes, car ce sont eux les plus fragiles. Je n'ai pas envie que leur avenir, ce soit la prison ou l'islamisme. Je veux qu'ils aient les mêmes perspectives que les autres gamins de ce pays.
3- Que répondez-vous à ceux qui affirment que votre mouvement finit par "ethniciser" la question sociale ?
Ils se trompent sur Ni putes ni soumises : ce n'est pas un mouvement de "beurettes", mais un mouvement intergénérationnel, mixte et métissé ! Ce n'est pas parce que je m'appelle Fadela, que je suis fille d'immigrés et que mon père a une carte de séjour que le mouvement "ethnicise" les questions sociales ! Je me considère d'abord comme une citoyenne française et quand je me bats contre le malaise des banlieues, je me bats autant pour le petit Benoît ou pour la petite Christine que pour le petit Mohamed. Eux aussi subissent des formes de discrimination parce que leur quartier a mauvaise réputation, et eux a! ussi peuvent subir des formes de violence.