Le programme mondial de lutte contre le paludisme piétine

Publié le par Clem

LIBERATION

Catherine Petitnicolas
[23 avril 2005]

A la veille de la journée africaine de lutte contre le paludisme, ce lundi 25 avril, la revue britannique The Lancet consacre un numéro spécial à la pandémie en Afrique. Elle dresse un réquisitoire au vitriol contre les retards pris par Roll Back Malaria (faire reculer le paludisme), cette coalition internationale créée en 1998 par l'OMS (Organisation mondiale de la santé), la Banque mondiale et le Fonds des Nations unies pour l'enfance entre autres, pour faire reculer la maladie.


Cinq ans après le sommet d'Abuja (Nigeria) au cours duquel 53 chefs d'Etat africains s'étaient engagés à réduire de moitié la mortalité du paludisme d'ici à 2010, la revue britannique estime désormais qu'un tel objectif semble impossible à atteindre. «Roll Back Malaria (RBM) a non seulement failli à ses objectifs, mais pourrait même leur avoir nui», affirme dans un éditorial coup de poing The Lancet qui s'inquiète d'une hausse des taux d'infection, supérieurs de 50% à ceux de l'an 2000 au moment du sommet d'Abuja. La revue médicale pointe aussi les occasions manquées à l'origine d'un à trois millions de morts par an. Surtout chez les petits enfants de moins de cinq ans, les principales victimes de ce fléau.


Avec le développement galopant de la résistance du parasite (transmis par les moustiques) aux antipaludéens classiques, la mise au point de nouveaux médicaments est d'une urgente nécessité. L'équipe du Dr Theonest Mutabingwa de l'école londonienne de médecine et d'hygiène, dans le même numéro, a publié les résultats d'une étude comparant quatre traitements différents, en Tanzanie, chez des moins de cinq ans. Les médicaments étaient administrés par voie orale, à la maison, pour coller aux conditions de vie de ces petits malades. La combinaison artemether – un dérivé de l'artémisine (1) – associée à de la lumefantrine est la plus efficace selon cette étude.


«Mais le coût de ce produit est un obstacle qui risque d'en bloquer l'accès à tous ceux qui en auraient besoin à moins d'en réduire le prix de façon conséquente, soit en faisant jouer la concurrence, soit de façon plus réaliste par des subventions», analyse le Dr Mutabingwa.


Dans un autre article de la même revue, le Pr Brian Greenwood, parasitologue à l'école londonienne de médecine tropicale et d'hygiène, estime qu'il faudra bien encore attendre dix ans avant la mise au point d'un vaccin efficace, ceux testés actuellement n'offrant que 30% de protection. The Lancet appelle enfin à «une action urgente» pour arrêter d'ici à 2015 l'extension de la pandémie. Désireuse de répondre aux critiques du Lancet, le Pr Awa Coll-Seck, secrétaire exécutif du RBM, tout en reconnaissant le retard pris, cite plusieurs exemples de succès, au Togo (distributions massives de moustiquaires imprégnées) ou en Erythrée. «Le paludisme est une maladie qui a aujourd'hui au moins la chance d'être à l'ordre du jour, lance-t-elle. Beaucoup d'efforts sont en cours même s'il n'y a pas assez de moyens. Il faudrait 3 milliards de dollars par an, soit cinq fois plus que les 600 millions de dollars par an, actuellement disponibles à l'échelle internationale...»


(1) Extrait d'une plante longtemps exclusivement cultivée en Chine du Sud et utilisée en médecine depuis un bon millénaire. Mais la forte augmentation de la demande en artémisine a créé une tension notable sur le marché.

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Publié dans Science

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