L'éradication planétaire de la poliomyélite ne sera pas obtenue en 2005

Publié le par Clément

LE MONDE | 05.05.05 | 14h03  .  Mis à jour le 05.05.05 | 14h03

ontrairement à ce quelle espérait, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) n'atteindra pas avant la fin 2005 cet objectif sanitaire majeur qu'est l'éradication planétaire de la poliomyélite.

Des campagnes massives de vaccination des jeunes enfants dans les pays où cette maladie virale sévissait sur un mode endémique avaient, depuis la fin des années 1980, permis d'obtenir une réduction spectaculaire du nombre des cas recensés à travers le monde. On était ainsi passé de 350 000 enfants infectés en 1988 à moins de 1 300 cas en 2004. Or on observe depuis peu une réémergence de bouffées épidémiques dans une dizaine de pays africains, et deux cas viennent d'être identifiés sur l'île de Java, en Indonésie, un pays où la maladie avait disparu depuis neuf ans.

Pour l! 'OMS, cette nouvelle dissémination géographique du virus a pour origine essentielle le Nigeria, où un groupe de prédicateurs islamistes a suscité un mouvement de refus de la vaccination en affirmant qu'elle faisait partie d'un complot occidental pour stériliser les femmes africaines en leur faisant absorber des médicaments contaminés.

Pays le plus peuplé d'Afrique, avec 130 millions d'habitants, le Nigeria a recensé 788 cas de poliomyélite en 2004 (soit 63 % des cas mondiaux), contre 355 en 2003, et le foyer épidémique situé dans le nord du pays s'est depuis peu étendu à une dizaine de pays. Selon l'OMS, le résultat des analyses virologiques permet d'affirmer que le virus qui vient d'être isolé en Indonésie a été importé d'Arabie saoudite, l'un des pays touchés par une vague épidémique originaire du Nigeria. Le virus a vraisemblablement été introduit par des pèlerins indonésiens de retour de La Mecque ou par des travailleurs migrants.

Le gouvernement nigérian a ! officiellement condamné les prédications antivaccinales et ann! oncé que le programme d'immunisation de l'OMS et de l'Unicef serait respecté. Le commissaire à la justice de l'Etat de Katsina, dans le nord du pays, a annoncé, vendredi 29 avril, que tout parent refusant de faire vacciner ses enfants contre la poliomyélite serait condamné à une peine de six mois à un an de prison.

"Vu la résistance sans fondements de certains parents et les agressions dont sont victimes certaines personnes menant la vaccination de la part de certains parents dans certaines zones, le gouvernement estime qu'il est de son devoir de prendre des mesures qui mettront fin à cette folie" , a-t-il expliqué à la veille du lancement d'un nouvelle campagne nationale de vaccination de quatre jours.

NOUVELLES CAMPAGNES

Le gouvernement précise qu'il n'hésitera pas à utiliser la force si nécessaire afin que tous les enfants de moins de cinq ans soient immunisés, précisant que "le Coran accepte l'utilisation de la force quand! il s'agit de préserver les intérêts de la majorité" .

Avec le soutien de l'OMS et de l'Unicef, des campagnes massives de vaccination ont, ces dernières semaines, été lancées dans la plupart des pays où des cas de poliomyélite venaient d'être diagnostiqués. En Côte d'Ivoire, où la maladie a fait sa réapparition après l'arrêt des campagnes de vaccination systématique entre 2001 et 2003, les autorités sanitaires ivoiriennes ont annoncé, début avril, que près de 5 millions d'enfants avaient pu être immunisés en quatre semaines. En Ethiopie, où la maladie avait disparu depuis quatre ans, le gouvernement vient de mener une campagne de vaccination d'urgence auprès de 15 millions d'enfants après la découverte de deux cas de poliomyélite près de la frontière avec le Soudan. De même, l'Indonésie a lancé une campagne visant 5 millions d'enfants afin d'empêcher la diffusion du virus dans la région très peuplée où les deux cas viennent d'être identifiés.

"Les dernièr! es informations épidémiologiques dont nous disposons ne nous l! aissent plus guère d'espoirs de parvenir, comme nous le souhaitions, à une éradication planétaire de la poliomyélite dès cette année, précise-t-on auprès du département de l'OMS chargé de ce programme. Cette éradication ne pourra être véritablement envisagée que lorsque les deux foyers principaux, en Inde et au Nigeria, auront été éteints. Il n'y a là aucun obstacle insurmontable dès lors que les gouvernements soutiennent notre action."


Jean-Yves Nau
Article paru dans l'édition du 06.05.05
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Publié dans Science

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