Hugues Lagrange, directeur de recherche au CNRS : "Aucune réflexion véritable n'a été conduite sur la prévention"
Il s'agit d'une politique hémiplégique. Pour les jeunes déjà engagés dans la délinquance, la solution de l'emprisonnement massif a été choisie. Mais en amont, rien.
Un véritable travail de prévention consisterait à détecter très tôt les symptômes de l'échec scolaire. Dans mes travaux, j'observe les résultats des enfants en CE2. Ceux issus de familles nombreuses, non eu! ropéennes, qui ont des difficultés importantes à ce niveau, ont une probabilité 4 ou 5 fois plus élevée d'entrer dans la délinquance que les autres.
Ce texte ne sanctionne-t-il pas aussi l'échec de la prévention traditionnelle ?
Nous assistons à une crise de la doctrine éducative qui fut valide de 1945 au début des années 1980. Elle consistait à considérer que l'enfance en souffrance dans des familles en proie aux problèmes de violence, de drogue ou d'alcoolisme et l'enfance délinquante étaient la même chose. Or il n'y a que 20 % de recoupement entre les deux groupes.
Les trajectoires des jeunes acteurs de la délinquance illustrent surtout un échec à entrer dans la société contemporaine, à répondre à des exigences de parcours individuel : savoir lire à 6 ans, avoir des bases solides en sixième, etc. Sans ces bases, les jeunes se retrouvent en porte-à-faux.
L'aggravation des peines sanctionnant les délits de racket e! t de revente de drogue autour des écoles est-elle positive ?
Je m'interroge. Le projet de loi semble viser avant tout les jeunes des quartiers sensibles. Or les études montrent que l'usage de la drogue s'est ancré dans la population. Il est beaucoup plus développé dans les établissements des centres-villes aisés que dans les banlieues. Concernant le racket, je me réjouirais s'il y avait un véritable travail de fait sur le recel, pour ne pas réduire la question au vol de blouson.Favoriser les dépenses de sécurité par un crédit d'impôt vous paraît-il une bonne chose ?
Le ministère de l'intérieur a décidé de concentrer ses efforts sur le passage à l'acte, qui est le dernier échelon, et pas sur les hommes. Avec le développement des Digicode, les cambriolages ont chuté à Paris et se sont reportés sur d'autres logements. Ces nouvelles mesures vont renforcer les protections statiques de ceux qui sont déjà mieux assurés que les autres et qui paient plus d'impôts.