Les connivences des Béruriers noirs avec le mouvement techno

Publié le par Clément

LE MONDE | 05.08.05 | 13h18  .  Mis à jour le 05.08.05 | 13h18
Brest de notre envoyée spéciale

es Béruriers noirs sont arrivés depuis dix jours, installés, avec la famille agrandie (une vingtaine de personnes, compagnes, "ex", vieux potes et enfants à l'occasion), dans un pavillon à quelques kilomètre de Brest. Invités surprise ­ - mais secret de Polichinelle ­ - de la onzième édition du festival de musiques électroniques Astropolis, ils accompagnent les groupes de leur maison de disques, Folklore de la zone mondiale (FZM).

Vingt-deux ans maintenant que l'habitude de se déplacer en bande a été prise par le groupe. "On a commencé à cent ou cent cinquante, se souvient Masto, le saxophoniste du groupe. Ça grouillait, ça fusionnait, ça rigolait, ça baisait. C'était une sorte de magma qui s'entraidait ! beaucoup aussi. Aujourd'hui, c'est l'occasion de passer du temps ensemble à nouveau." "Une sorte de séminaire force de vente", plaisante François, chanteur et pince-sans-rire. "Ça fait quinze jours qu'on répète Astro, poursuit-il. Ce sera une performance fraîche, peut-être pas toujours très carrée, mais nouvelle."

Les "Bérus" dans une rave. La rencontre des hérauts du rock alternatif et des technoïdes vrais de vrais. A première vue, les noces n'ont rien d'évident. Séparé en 1989, reformé ("transformé", préfère dire Loran) en décembre 2003 lors d'un mémorable concert aux Transmusicales de Rennes, le groupe parisien n'a pas vécu ni participé à l'explosion du mouvement techno qui naissait au même moment.

A l'exception de Loran, aucun d'entre eux n'a jamais mis les pieds dans une rave. Ils le disent sans gêne. Mais pour ceux qui connaissent Astropolis, le vétéran des festival techno français, la réunion a l'aspect lumineux d'un "! bon sang mais c'est bien sûr".

Astropolis et les Bé! ruriers noirs partagent le goût de l'indépendance, de l'autonomie, du système D et de la solidarité. D'ailleurs, explique Masto, "sans connaître le mouvement techno - musicalement parlant -, on s'est toujours senti proche de la méthode". Quand elle n'était pas mercantile, il va sans dire. Le groupe, qui exige la suppression des banderoles publicitaire lors de ses concerts, a apprécié l'absence de sponsors "commerciaux" dans le festival. Une réalité subie au départ par les organisteurs, devenue un choix depuis quelques années.

Manu le Malin, qui partagera la scène avec les Béruriers noirs, samedi 6 août, ne voit pas les choses autrement. "J'écoutais ces groupes, adolescent, et j'ai plongé dans le mouvement rave parce que les idéaux qu'il prônait étaient les mêmes. Antifacis tes, antiségrégation, une réaction à une forme d'enfermement, à la loi de l'argent." Pour Astropolis, le groupe a aussi demandé la présence d'un "village"! regroupant une dizaine d'associations locales : antenne de Greenpeace, militants du commerce équitable, du non au nucléaire.

ROCK DÉVIANT, HOUSE LÉGÈRE

Leur envie commune ce week-end ? Fusionner leurs publics respectifs. Certains ne les ont pas attendus. "Dans les free-parties, raconte Manu le Malin, on écoutait souvent les Bérus le dimanche après-midi." Invité d'Astropolis en 2003, le DJ helvético-chilien Luciano, apprécié pour la douceur de sa musique, évoquait ses premiers émois électro-punks sur les disques du groupe français. Leur célèbre boîte à rythmes DRM 16 avait permis de lancer le concept d'"unité musicale mobile", se souvient François, prélude au nomadisme techno.

Samedi, Manu le Malin se chargera de la transition entre le FZM, les Bérus et le plateau techno hardcore "Mekanik" sur le titre Salut à toi. Une affaire délicate qu'ils répètent depuis deux jours dans les studios du Centre de création ! musicale de Brest, investi par la troupe. "Il faudra passer! de l'énergie punk à l'énergie hardcore. Hier, nous nous sommes lancés dans une impro funk terrible."

Colonne vertébrale du festival, la techno n'a de toute façon plus le monopole d'Astropolis depuis longtemps déjà. Dub, rock déviant, house légère y trouvent aussi refuge. Tout comme le rap (Cellule-X), la transe punkoïde (Ethnopaire), la musique manouche (Hydra) chez FZM, le label des Bérus. Le projet qui les motive le plus depuis leurs retrouvailles. Ils n'y recherchent pas une unité de style, mais une démarche commune qui en fait "des décalés, des réfractaires, explique Loran, et notre notoriété sert aujourd'hui à les faire connaître".

A l'autre bout du manoir, samedi, un autre collectif lui aussi synonyme d'intégrité et de radicalité se produira. Venue de Detroit, la troupe d'Underground Resistance, monstre sacré de la techno, a rassemblé quelques-uns de ses militants pour une mission européenne. "Nous ne les connaissions pas, mais leur ! démarche nous intéresse, dit Loran. En gardant l'anonymat, ils ont choisi de défendre un mouvement, plus que leurs personnes."


Festival Astropolis, au Club Vauban et au Club César, le 5 août ; au Manoir de Keroual (commune de Guilers), le 6 août ; en journée au Centre d'art La Passerelle, 41 bis, rue Charles-Berthelot. Tél. : 02-98-44-24-96. De 5 € à 25 €. Sur Internet : www.mairie-brest.fr.


Odile de Plas
Article paru dans l'édition du 06.08.05
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article