L'ascension d'un pur apparatchik, simple médecin de province, décrite par un membre du sérail
Dans son roman Shooté au pouvoir , sorti en mai chez Max Milo, l'auteur, sous le pseudonyme de Jean-Baptiste Desaize, trace un portrait au vitriol d'un apparatchik de la vie politique, jusqu'à la caricature. A 29 ans, François Rivière n'est qu! 'un simple médecin de province. Son atout ? Un père ancien ministre et longtemps édile de Limoges, mairie dont il brigue le siège. "François Rivière, c'est tout ce que la politique ne doit pas générer, c'est tout ce qu'elle peut encore enfanter : des monstres froids et cyniques, évoluant au gré de leurs triomphes, leurs délires, leurs échecs et leurs désillusions" , précise l'auteur dans son avant-propos.
"LA PLUS BELLE DES DROGUES"
Un pari d'autant plus osé que ce monde politique qu'il critique avec autant de virulence, Jean-Baptiste Desaize en fait partie intégrante. Baignant dans cette atmosphère dès son enfance (avec un père parlementaire et élu départemental), il a lui-même choisi de travailler dans ce milieu en tant que consultant auprès de l'UMP. "Sidéré par les personnes capables de dépenser autant d'énergie pour faire des crocs-en-jambe" , il raconte dans son livre ce qu'il vit, finalement, de l'intérieur.
Mais, ! si le héros est bien inventé de toutes pièces, l'essentiel des! faits relatés est véridique. "Rien n'est grossi, il suffit de regarder les journaux des vingt dernières années pour retrouver des histoires similaires" , affirme-t-il. Détournements de fonds, délits d'initiés, prostitution, trahison, chantage et luttes intestines entre prétendants au trône, rien n'est oublié. L'auteur se pose en "observateur acerbe" de toutes les dérives auxquelles peut conduire la soif de pouvoir.
D'ambition, François Rivière n'en manque pas. De scrupules, beaucoup plus. Pour atteindre les sommets du pouvoir, il élimine ses adversaires à coups de dossiers compromettants. "J'entrepris donc l'énumération des détournements de fonds publics des uns, des marchés truqués et des sociétés écrans des autres, des petits travers sexuels des unes ou alcooliques des autres, le tout agrémenté à chaque fois d'une simple feuille de papier ou d'un dossier complet" , raconte-t-il, dès les premières pages. Le ton est donné. Drôle souvent, cru parfo! is.
On accompagne François Rivière dans son ascension. On découvre ses bassesses. Ses lâchetés. Ses magouilles. Jusqu'au sommet : le ministère de la culture. Le livre bascule. François Rivière ne s'en sortira pas. Traqué par la justice, lâché par ses amis, il quitte le gouvernement, perd un à un ses mandats, achève sa carrière dans le carré "VIP" de la prison de la Santé.
Mais le ton acerbe cède la place à une plume mielleuse, et à un épilogue moralisateur. Le héros, que l'on appréciait cynique, rentre dans le rang : "Je ne pouvais pas réussir dans cette vie-là. Pour une raison simple, c'est qu'il me manquait un idéal, un désir d'amélioration de la vie de mes contemporains."