Amnesty critique les centres de détention américains
Les Etats-Unis ont été notamment confrontés à d! es accusations de tortures dans la prison irakienne d'Abou Ghraib et en Afghanistan. Des profanations présumées du Coran sur leur base de Guantanamo ont également provoqué une vive émotion dans le monde musulman.
L'administration américaine, du président George W. Bush au secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, a protesté avec vigueur ces derniers jours contre l'_expression de "goulag de notre époque", employée fin mai par Amnesty à l'égard de Guantanamo. Les dirigeants américains ont qualifié "d'absurde" tout lien entre les mesures prises dans la cadre de la "guerre contre le terrorisme" et les millions de déportations de civils innocents du temps de l'Union soviétique.
M. Schulz a assuré que cette comparaison ne constituait pas "une analogie littérale", mais qu'il y avait des "similitudes". "Dans certains cas, nous savons que des gens ont été maltraités, torturés et même tués", a-t-il dit.
Le mot "archipel" utilisé dimanche par M. Schulz évoque aussi implicitement "l'archipel du Goulag", le livre-réquisitoire du célèbre dissident Alexandre Soljenitsyne contre le système concentrationnaire soviétique.
Le New York Times estimait de son côté que Guantanamo était devenu "une honte nationale" et que la meilleure chose à faire serait de fermer ce centre de détention établi hors du droit commun ou international. Le journal a repris, dans un éditorial, des accusations selon lesquelles Washington livrait des prisonniers à des pays peu regardants sur les méthodes d'interrogatoire.
Le journal exhorte également Washington à ne pas envoyer certains prisonniers "vers des dictatures coopératives où des autorités locales sans scrupules peuvent les torturer sans que les Etats-Unis aient à rendre de comptes directement, comme cela aurait eu lieu récemment dans des endroits comme l'Ouzbékistan, la Syrie et l'Egypte".
Washington fait par ailleurs face depuis plusieurs semaines à la colère du monde musulman à la! suite de profanations présumées d'exemplaires du Coran par des militaires américains à Guantanamo. L'armée américaine a publié vendredi un rapport démentant le cas le plus grave - un Coran qui aurait été jeté volontairement dans des toilettes - mais reconnaissant cinq incidents moins importants, présentés comme des cas isolés et largement involontaires.
La prison a été ouverte le 11 janvier 2002 sur la base navale américaine de Guantanamo, à Cuba. Environ 500 personnes, capturées principalement en Afghanistan, y sont actuellement détenues.
Plus de deux cents prisonniers ont été rendus à leurs divers pays d'origine pour répondre à la pression internationale et à une décision de la Cour suprême américaine qui avait ouvert l'an dernier la possibilité de recours devant la justice civile.
Le New York Times avait par ailleurs révélé le mois dernier, en citant un rapport d'enquête criminelle de l'armée américaine, que deux prisonniers afghans détenus dans! la prison américaine de Bagram, en Afghanistan, avaient été t! orturés à mort par des GI en 2002.
UN SÉNATEUR AMÉRICAIN DEMANDE LA FERMETURE DE GUANTANAMO
Le sénateur démocrate Joe Biden, numéro deux de la commission des affaires étrangères du Sénat, a appelé dimanche à la fermeture du centre de détention anti-terroriste de Guantanamo, affirmant qu'il représentait un danger pour les Américains. "Je pense que nous devrions finir par le fermer et déplacer ces prisonniers", a déclaré le sénateur du Delaware sur la chaîne de télévision ABC.
Les détenus qui ont une valeur en termes de renseignement devraient être transférés dans d'autres lieux, mais tous les autres devraient être renvoyés dans leur pays, a-t-il estimé. "Le plus important est que selon moi plus d'Américains sont en danger par suite de la perception (de la prison) qui existe à travers le monde que s'il n'y avait pas Gitmo", a assuré M. Biden, utilisant le terme par lequel le Pentagone désigne le centre de détention.
M. Biden a déposé un projet de loi visant à mettre en place une commission indépendante pour examiner la situation à Guantanamo, dans la prison irakienne d'Abou Ghraib et dans d'autres lieux de détention américains afin de vérifier que les droits de l'homme élémentaires y sont respectés. Le projet de loi sera bientôt examiné par la commission sénatoriale de la justice, a-t-il indiqué.
"Je pense que nous devrions y aller, faire le ménage et passer à autre chose", a ajouté M. Biden. Mais cette proposition fait face à une forte opposition du Pentagone et des républicains au Congrès, mais également de figures démocrates au sein de la commission des affaires étrangères du Sénat.
"Je ne vais pas jusqu'à dire qu'il faut fermer Guantanamo", a indiqué le sénateur Christopher Dodd, un démocrate du Connecticut, qui plaide pour des auditions parlementaires sur les abus présumés et avérés commis dans la prison. "Il est important que les gens se disent q! ue nous respectons la loi", a estimé M. Dodd, ajoutant : ! "Ce n'est pas ce que nous faisons à Guantanamo."