La campagne pour le référendum sur l'interdiction des armes à feu a été lancée au Brésil

Publié le par Clément

LE MONDE | 12.08.05 | 13h13  .  Mis à jour le 12.08.05 | 13h13
RIO DE JANEIRO de notre envoyée spéciale

ous les grosses lettres blanches du mot "Paix" , la campagne pour le référendum du 23 octobre interdisant la commercialisation des armes et munitions au Brésil a été lancée, à Rio de Janeiro, jeudi 11 août. "Le pays est fatigué de la violence et les gens en ont assez des armes à feu" , a déclaré le sociologue Rubem Cesar Fernandes, président de l'organisation non gouvernementale Viva Rio qui, depuis douze ans, lutte contre la violence dans la mégapole brésilienne.

 

Selon lui, le référendum, une première mondiale, est "d'instaurer une culture de paix dans les relations individuelles" . Au Brésil, les armes sont la deuxième cause de mortalité dans la population : 39 000 personnes ont été ! tuées en 2003. Actuellement, 17 millions d'armes circuleraient dans le pays, dont la moitié illégalement.

Partisans du oui et du non disposent de soixante jours pour convaincre, avec seulement vingt jours de messages gratuits à la télévision et à la radio avant le scrutin. Un délai court, mais le désarmement est un thème déjà très présent dans la société. La loi dite du "Statut de désarmement", votée en décembre 2003, a abouti à une collecte d'armes à feu : 400 000 armes de divers calibres ont été recueillies en un an, par les autorités, en échange d'une indemnisation financière.

11000 ARMES DÉTRUITES

Au siège de Viva Rio, dans le quartier central de Gloria, 11 000 armes ont été détruites sous l'oeil des propriétaires qui venaient de s'en défaire. " Il n'y a aucun doute, posséder une arme donne une fausse idée de sécurité ", assure Antonio Rangel en s'appuyant sur les statistiques réunies dans son guide pratique "Arme à feu :! sécurité ou risque ?" publié en vue du référendum. Une gr! ande partie des armes prises aux bandits a été acquise et enregistrée légalement, alimentant le marché illégal. Lors d'un vol à main armé, la chance de mourir est 184 fois plus élevée si la victime armée réagit, à tel point que l'on entend dans la rue cette triste résignation "Qui réagit meurt".

Pour l'officier de la police militaire qui aide aux opérations de désarmement, dans les favelas de Rio, l'impact de la campagne est déjà perceptible. "A la favela, ceux qui ont rendu leurs armes n'ont maintenant plus envie de croiser dans le dédale des ruelles les jeunes trafiquants manipulant leurs pistolets comme des jouets ", constate le colonel Ubiratan. Selon le premier sondage publié par l'institut Ibope, 81 % des Brésiliens sont favorables à l'interdiction du commerce des armes à feu. Et c'est dans les milieux les plus humbles que le rejet des armes est le plus grand.

Rio de Janeiro est une ville symbole pour ce combat, d'abord parce qu'aux v! ictimes des trafiquants et des petits délinquants s'ajoutent les victimes de "balles perdues". Deux personnes meurent chaque mois dans cette mégapole de 9 millions d'habitants pour s'être trouvés par hasard sur la trajectoire d'une balle tirée par des criminels, parfois par des policiers.

La ville la plus touristique du Brésil est aussi à l'avant-garde du contrôle du port d'armes : depuis 2000, une loi locale impose seize conditions au futur acheteur d'un pistolet ou revolver de petit calibre dûment enregistré.

Les adversaires du contrôle des armes critiquent la législation. Pour eux, l'Etat devrait d'abord s'attaquer aux armes qui effrayent le plus la population : celles qui sont aux mains des bandits. Les apôtres de la légitime défense revendiquent le droit de se protéger face à la défaillance de l'Etat en ce domaine.

Ce message touche surtout les catégories sociales aisées qui se sentent visées, comme Fabio Bolognani, médecin des beaux quartiers de Rio ! : " Lorsque je suis appelé au chevet d'un malade en pleine ! nuit, ce que je cherche à éviter, je me déplace armé, car Rio vit une guerre larvée ", raconte-t-il. Il a acheté un pistolet calibre 38 en 1992, au lendemain d'une attaque à la sortie de son cabinet.

Rassurés par les sondages, les défenseurs de l'interdiction s'inquiètent du contexte dans lequel sera menée la campagne. La loi électorale oblige les parlementaires à occuper le devant de la scène, mais la crise politique qui touche les pouvoirs législatif et exécutif mobilise les élus loin du référendum. Rubem Cesar Fernandes veut y voir un facteur positif : "La société va devoir se mobiliser et décider seule de son avenir" .


Annie Gasnier
Article paru dans l'édition du 13.08.05
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Publié dans International

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