La colère monte dans les bidonvilles sud-africains
Ils s'appellent Gugulethu, Kayelitsha, Embalenlhe ou Kliptown. Ils sont en banlieue du Cap, de Johannesburg, de Durban ou de Port-Elisabeth, les capitales régionales. Ce sont des townships ces quartiers créés par le régime d'apartheid pour parquer les Noirs, Métis ou Indiens, à l'écart des zones "blanches". Depuis l'arrivée d'un pouvoir noir il y a onze ans, ils n'ont guère changé. La situation s'est même aggravée.
Aujourd'h! ui, plus de 7 millions de Sud-Africains, sur une population totale de 44,8 millions, vit dans des bidonvilles ou des squats. A la fin de l'apartheid, enfin libres de circuler, des milliers de gens sont venus s'agglutiner vers les centres urbains. Aux abords des townships, des dizaines de milliers de taudis se sont construits de façon totalement anarchique, et le plus souvent sans eau ni électricité.
En dix ans, le gouvernement, qui a fait du logement l'une de ses priorités, a construit plus de 1,5 million de maisons. Et il continue à fournir, chaque année, un peu plus de 100 000 de ces habitations préfabriquées, montées en moins de deux jours. Mais c'est insuffisant pour faire face à la demande. Selon l'Institut national des statistiques, alors que le taux d'accroissement de la population devrait être de 1,4 % par an, il atteindra 2,9 % dans des grandes métropoles et 3,3 % dans les villes moyennes, en 2006.
OUVERTURE D'ENQUÊTE
Le probl! ème est particulièrement sensible dans les banlieues du Cap, o! ù se trouvent les plus grands townships du pays. Régulièrement des incendies ravagent des centaines de ces baraques de bric et de broc où l'on se chauffe et cuisine au charbon et au bois. Ainsi, en janvier, en une seule nuit, 12 000 personnes se sont retrouvées sans abri et sont venus grossir le nombre de ceux qui attendent un relogement d'urgence.
La municipalité admet avoir besoin de 260 000 logements. Un déficit d'autant plus difficile à combler que le Cap et ses environs accueillent chaque année environ 48 000 migrants, venus de provinces plus pauvres. La colère des populations locales, en majorité des Métis, se focalise donc aussi sur ces nouveaux venus, des Noirs. Elles soupçonnent les autorités de favoriser ces derniers, qui composent l'électorat du Congrès national africain, l'ANC au pouvoir, les Métis étant considérés comme plus proches de l'opposition.
Les premiers incidents ont eu lieu en septembre 2004 dans le Mpumalanga, à une centaine de kilomètres ! à l'ouest de Johannesburg. Des milliers de manifestants avaient bloqué une autoroute pour protester contre l'inefficacité du conseil municipal. Depuis, selon la presse, au moins onze bidonvilles ont été le théâtre de manifestations, et le phénomène touche sept des neuf provinces du pays. Les manifestants s'en prennent aux autorités locales mairies et gouvernements provinciaux , accusées de ne pas répondre aux besoins fondamentaux des plus pauvres et d'être minées par la corruption.
Le chef de l'Etat, Thabo Mbeki, réélu avec une majorité de près de 70 % au Parlement, a estimé que la colère des habitants des townships ne "représentait pas un danger immédiat pour la démocratie". Il a cependant précisé que ces revendications pourraient menacer la stabilité du pays, "si elles s'enracinaient et gagnaient un véritable soutien populaire". Le gouvernement a demandé à l'Agence nationale du renseignement d'enquêter sur ces événements pour savoir s'ils ne résulta! ient pas de l'oeuvre "d'une force secrète".
Le go! uvernement fait preuve de "paranoïa" a répliqué la Cosatu, la plus grande fédération syndicale du pays. "Au lieu d'écouter -les- gens qui demandent des services de bases (..) légitimes, le gouvernement semble les traiter comme des criminels" , a-t-elle ajouté.