2004, une année noire pour la liberté de la presse
A l'occasion de la 15e Journée internationale de la liberté de la presse, mardi 3 mai, l'association Reporters sans frontières (RSF) a dressé un constat sombre. Il y a eu un an, le 16 avril, que Guy-André Kieffer a disparu à Abidjan, en Côte d'Ivoire. De même, il n'y a aucune trace de Fred Nérac, cameraman d'ITN, disparu près de Bassora en mars 2003.
Dans son bilan annuel, RSF, qui fête ses 20 ans cette année, rappelle que 53 journaliste! s ont perdu la vie en 2004. Depuis le début de l'année 2005, 11 ont trouvé la mort et 107 sont derrière les barreaux. "Ce chiffre n'avait pas été aussi élevé depuis 1995 et la période noire de l'islamisme radical algérien, qui avait coûté la vie à plus de 50 professionnels de l'information en moins de deux ans" , rappelle RSF. L'Irak reste le pays le plus dangereux, 19 journalistes y ont été tués en 2004, dont le reporter italien Enzo Baldoni, pris en otage et exécuté le 26 août 2004, tandis que plus d'une quinzaine y ont été enlevés.
L'Irak n'est pas une exception. Seize journalistes ont été tués en Asie, "presque tous assassinés pour leurs prises de position, rappelle RSF. Dénoncer la corruption des élus ou enquêter sur la grande criminalité s'est révélé fatal pour des journalistes au Bangladesh, aux Philippines et au Sri Lanka." De même, en Amérique, "la violence est montée d'un cran" , des journalistes ont été tués parce que "les narcotraf! iquants et les élites politiques corrompues n'apprécient guère! d'être mis en cause dans la presse" , poursuit RSF dans son bilan. L'Afrique est "en proie à une violence soudaine et imprévisible" . "C'est la première fois depuis la création de Reporters sans frontières, en 1985, qu'un correspondant de l'organisation est assassiné" , regrette RSF.
Cent sept journalistes étaient toujours emprisonnés au 1er janvier 2005, la Chine restant "la plus grande prison du monde pour les journalistes avec 26 détenus" . Nombre de gouvernements pratiquent la censure et privent leurs populations de l'information. Parmi eux, "la Corée du Nord, en tête, où il n'est même pas question de parler de journalisme" , le Turkménistan, l'Erythrée, "qui vit dans le silence absolu depuis trois ans" .
RSF a aussi dénoncé les prédateurs de la liberté de la presse, le plus souvent des chefs de l'exécutif (d'Arabie saoudite, de Birmanie, de Colombie, de Corée du Nord, du Laos, de Syrie, etc.). L'association a ajouté qu! atre noms à cette liste noire : le ministre de l'intérieur du Bangladesh Lutfozzaman Babor, le parti maoïste Purbobanglar au Bangladesh, la milice civile des "jeunes patriotes" de Côte d'Ivoire, proches du président Laurent Gbagbo, et Yahya Jammeh, président de la république de Gambie.
Même dans les démocraties européennes ou américaines, RSF a constaté des "dérives inquiétantes pour la liberté d'_expression" . Aux Etats-Unis d'abord, "où plusieurs journalistes ont été assignés à comparaître pour avoir refusé de révéler leurs sources" . De même, en France, "ce secret des sources a été malmené à plusieurs reprises par la justice, à coups de gardes à vue, de convocations et de perquisitions dans des rédactions ou au domicile de journalistes" . Ce fut le cas à L'Equipe et au Point en janvier 2005.
A l'occasion de la journée de la liberté de la presse, RSF publie un album de photos signées Jeanloup Sieff, vendu au prix de 8 euros. Les rec! ettes serviront à financer les activités de RSF et à aider les! journalistes détenus. RSF demande une "libération immédiate et sans conditions" de tous les journalistes emprisonnés. "La liberté de la presse est au fond une affaire trop sérieuse pour être confiée aux seuls journalistes, souligne dans sa préface le secrétaire général de RSF, Robert Ménard, elle est, ou plutôt elle devrait être, l'affaire de tous."