Vente d'armes à la Chine : Raffarin pour la levée de l'embargo
Le Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin a plaidé aujourd'hui à Pékin pour une levée de l'embargo européen sur les armes à la Chine, estimant que la question de Taïwan n'y faisait pas obstacle, et finalisé des contrats de vente d'Airbus pour 3,2 milliards de dollars.
«La France continue de demander la levée de l'embargo et ne voit pas ce qui pourrait conduire le Conseil européen à changer sa position sur le sujet», a-t-il déclaré, au premier jour d'une visite officielle en Chine, à l'issue d'un entretien avec son homologue chinois Wen Jiabao.
M. Raffarin a ainsi réaffirmé la position française alors que les Européens, qui étaient censés parvenir à un compromis pour une levée de l'embargo d'ici la fin juin, apparaissent de plus en plus divisés, en raison notamment des inquiétudes liées à la législation chinoise anti-sécession.
Le parlement chinois a adopté le 14 mars une loi qui permet au pouvoir communiste de recourir à des moyens «non pacifiques» en cas de déclaration d'indépendance formelle de Taïwan que Pékin considère toujours comme partie intégrante de la Chine.
L'embargo européen sur les livraisons d'armes à la Chine a été imposé après le massacre de Tiananmen en 1989. Pékin s'y oppose formellement, estimant qu'il s'agit «d'un legs de la Guerre froide» qui «constitue une discrimination à l'encontre de la Chine», selon M. Wen.
Pour M. Raffarin, soucieux de ménager ses interlocuteurs, «la loi anti-sécession est tout à fait compatible avec le principe d'une Chine et deux systèmes défendu par la France». L'embargo est «anachronique et injustement discriminatoire», a-t-il également estimé.
Sans évoquer directement les exportations de textiles chinois, en forte augmentation depuis le 1er janvier, M. Raffarin a assuré avoir pu «mesurer», lors de ses entretiens, «la conscience du gouvernement chinois de ses responsabilités internationales».
Les Européens espèrent que la Chine restreindra volontairement ses exportations de textiles d'ici fin juin si Bruxelles décide d'ouvrir le 25 avril une enquête sur leur envolée.
Sur ce dossier très délicat, M. Wen a noté que la Chine «respecte strictement les règles de l'OMC» et «a pris des mesures de sa propre initiative», en augmentant notamment ses droits de douane.
Abordant brièvement la question des Droits de l'Homme en Chine, M. Raffarin a dit «suivre avec beaucoup d'attention le dialogue entre la Chine et l'Union européenne».
Le Premier ministre chinois a déclaré pour sa part qu'il ne «fallait pas établir un lien mécanique entre les droits de l'Homme et la levée de l'embargo sur les armes».
En matière économique, la visite de M. Raffarin, pour qui «les relations commerciales entre la France et la Chine ne sont pas au niveau de leur potentiel», a permis la vente de dix nouveaux Airbus A319 et A320 à deux compagnies chinoises pour 500 à 600 millions d'euros.
Au total, les signatures d'Airbus ont porté sur 30 appareils, dont 20 finalisations de commandes déjà connues, y compris cinq super-jumbos A380, soit un total de 3,2 milliards de dollars.
«Le plus important, c'est de mesurer que ces contrats ont été précédés par d'autres et seront suivis par d'autres», a noté M. Raffarin en se disant «sûr» d'enregistrer de nouvelles commandes chinoises lors de la visite de M. Wen à Paris à l'automne 2005.
S'y ajoute un contrat du groupe français EDF pour l'assistance à maîtrise d'ouvrage concernant la nouvelle tranche de la centrale nucléaire de Ling Ao (non chiffré) et un pré-accord pour la vente de 500.000 tonnes de blé français à la Chine (100 millions de dollars).