L'ambassade de France à Washington retire son soutien à la pièce "11 September 2001"

Publié le par Clem

LE MONDE | 21.04.05 | 15h15  •  Mis à jour le 21.04.05 | 15h15

 

La première mondiale de la version originale en anglais de la pièce de Michel Vinaver, 11 September 2001, doit avoir lieu le 21 avril au théâtre RedCat de Los Angeles. Pourtant, les services culturels de l'ambassade de France ont retiré, in extremis, leur soutien financier et promotionnel à cette coproduction du Festival de Dijon et du Center for New Theater de CalArts, mise en scène par Robert Cantarella.

 

Les diplomates français n'ont pas souhaité commenter officiellement au Monde cette décision prise par l'ambassadeur de France à Washington, Jean-David Levitte, au nom de la nouvelle amitié franco-américaine et en raison d'un passage de la pièce qui cite George W. Bush et Oussama Ben Laden.

"Je n'en reviens pas, c'est un soufflet", constate Michel Vinaver, venu assister aux dernières répétitions de sa pièce à CalArts, l'Ecole des beaux-arts californienne, située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Los Angeles. "Le passage en question ne contient ni caricature, ni raillerie, ni satire. C'est la première fois depuis Les Coréens (pièce créée par Roger Planchon en 1956) que je fais l'objet de ce qu'on peut appeler un acte de censure."

Dans 11 September 2001, l'auteur des Huissiers, d'Iphigénie Hôtel, de Par-dessus bord a écrit en anglais, la langue de l'événement, un montage polyphonique des mots lus et entendus, encore et encore, dans la foulée de ce matin du 11 septembre à New York. Avec une grande force émotionnelle, il entrelace les dialogues des survivants du World Trade Center, des opérateurs de téléphone qui ont échangé leurs dernières phrases avec les victimes, les propos des terroristes, des journalistes, des laveurs de carreaux qui s'en sont sortis à cinq minutes près, des témoins inconnus ­ - avant, pendant, après.

Ce sont les déclarations du président George W. Bush et d'Oussama Ben Laden, reproduites mot à mot, qui ont alarmé les diplomates français. Craignant ­ - à tort, pour qui voit ou même lit la pièce ­ - que le terroriste et le président américain ne soient perçus comme amalgamés ou mis sur le même plan, le Quai d'Orsay a préféré éviter les accusations d'hostilité anti-Bush dans une production soutenue par les deniers publics. Pourtant, ce douloureux retour sur mémoire, dans la mise en scène retenue de Robert Cantarella, n'a rien d'incendiaire et ne ridiculise que les terroristes.

Créée par la troupe de théâtre de CalArts, au Théâtre RedCat, situé dans le tout nouveau Walt Disney Concert Hall, 11 September 2001 est une coopération culturelle entre la France et les Etats-Unis qui a déjà reçu 20 000 dollars de subventions françaises et est soutenu par Etant Donnés, le fonds franco-américain pour l'art contemporain.

Mais, trois semaines avant la première représentation de 11 Septembre 2001 à Los Angeles, les services culturels français ont annulé leur dernière contribution de 5 000 dollars et toute mention d'association avec la pièce. L'annonce a même été retirée de la lettre d'information du consulat de France local.

Le financement du voyage de Michel Vinaver à Los Angeles a également été supprimé, mais l'Association française d'action artistique (AFAA) ­ - qui est un service dépendant du Quai d'Orsay ­ - a aussitôt décidé de prendre en charge le déplacement de l'auteur, âgé de 77 ans.

Travis Preston, directeur artistique du Center for New Theater de CalArts, qui avait présenté sa mise en scène du Roi Lear à Dijon, redoute que le retrait français ne sabote les efforts de promotion de l'oeuvre.

"Les Français s'inquiètent au sujet d'une pièce sur le 11-Septembre", titrait le Los Angeles Times une semaine avant la première. En conséquence, l'œuvre de Michel Vinaver est attendue avec fébrilité sur la Côte ouest. Le public français connaît déjà une traduction française présentée à Avignon, dans le Festival off, en juillet 2004, et découvrira la version originale au Théâtre de la Colline en mai 2006, puis à Dijon et à Montpellier

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Publié dans Politique

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