Benoît XVI, entre grand
AFP
[jeudi 21 avril 2005 - 09h37]
PARIS (AFP) - Des plus abruptes aux plus modérées, les critiques n'épargnaient pas mercredi le nouveau pape, Benoît XVI. Mais, contre toute attente, elles portent moins sur les problèmes de société qu'il a tranchés du temps où il était cardinal que sur son conservatisme et son manque d'ouverture sur le monde.
Ainsi, Philippe Grollet, président du Centre d'action laïque belge, juge que l'arrivée du nouveau pape pourrait, "ironiquement, être une bonne chose pour la laïcité".
L'historien belge des religions Hervé Hasquin, "ne serait pas étonné que Benoît XVI, 'gardien de la doctrine la plus orthodoxe' (...) ait un discours encore moins flexible que Jean Paul II".
L'historien et analyste politique uruguayen, Gerardo Caetano, directeur de l'Institut de sciences politiques de Montevideo, juge que l'élection de M. Ratzinger a été la "pire possible".
Selon lui, cet "ultra-orthodoxe", ce "grand inquisiteur" a été le "candidat de l'Opus Dei". Et "ce dont l'Eglise avait le moins besoin en ce moment, estime-t-il, c'est précisément d'un grand inquisiteur. Son élection est une mauvaise nouvelle pour le monde".
Moins brutal dans ses propos, l'analyste et ancien prêtre costaricien, Javier Solis, pense que la désignation de Ratzinger est "la ratification de la ligne la plus dure et intransigeante de Jean Paul II".
"Quant à la discipline interne de l'Eglise, elle va même être plus dure et, pour la doctrine (ce sera) pareil, même plus rigide dans la mesure où le nouveau pape est convaincu que l'Eglise possède toute la vérité et que la société civile, les gouvernements et le monde doivent l'accepter", analyse-t-il.
Prédiction identique du sociologue portugais Moises Espirito Santo : l'arrivée à la tête de l'Eglise de l'ex-cardinal Josph Ratzinger entraînera "plus de restrictions sur le plan de la théologie et de la doctrine".
"On attendait exactement le contraire, (...) on attendait une ouverture au monde non catholique, aux autres religions, aux autres idéologies", ajoute-t-il.
Par la voix de son porte-parole, Josep Torrens, le collectif laïc catholique espagnol "Esglesia Plural", considère que l'élection de Benoît XVI aura des "conséquences négatives" parce qu'il incarne "les milieux les plus conservateurs et les plus fermés".
Josep Torrens relève toutefois que, pendant le concile Vatican II, Joseph Ratzinger a eu une attitude qui, selon certains, "a été modérée et même ouverte".
Même espoir en la capacité du nouveau pape à évoluer pour le professeur de théologie Thomas Groome, directeur de l'Institut Pastoral du Boston College, aux Etats-Unis : il juge qu'il se situera probablement encore plus "à droite" que le pape Jean Paul II, mais ne désespère pas de voir "sa fonction influer sur sa personne et lui faire apporter un peu de renouveau et de réforme".
"Après tout, rappelle-t-il, à ses débuts, il adhérait fortement à l'esprit de Vatican II, au moment de la révolution étudiante de 1968, il appartenait à l'aile progressiste de l'Eglise et c'est après qu'il a basculé à droite, et n'a plus cessé depuis de continuer dans cette direction".
"Espérons que nous allons avoir l'ancien Ratzinger plutôt que le nouveau", ajoute-t-il.
Egalement "déçu", l'archevêque anglican sud-africain et Prix Nobel de la Paix Desmond Tutu espère, lui aussi que les "rigidités" du nouveau pape "s'assoupliront" dans l'exercice de ses fonctions. "Nous espérons, nous espérons vraiment que le fait de s'asseoir sur le trône papal aura pour effet d'assouplir ces rigidités", a ajouté Mgr Tutu.
"Nous espérons que le Saint Esprit lui fera réaliser que le monde attend d'entendre la bonne nouvelle (...) qui est que Dieu est là pour les opprimés et les pauvres et que nous devons être à leurs côtés", a ajouté Mgr Tutu. Déception aussi pour l'ancien président portugais, Mario Soares : "C'est un pape très conservateur, ce sera une Eglise très fermée".
Au Portugal toujours, Teresa Toldi, théologienne progressiste, ancienne enseignante de l'université catholique se dit "inquiète" : "il a été responsable d'une série de documents (...) qui ont fermé la porte à la possibilité de débattre" (...) "Je ne prévois pas par conséquent qu'il changera beaucoup".
Selon le jésuite allemand Wolfgang Seibel, expert en questions religieuses, les propos tenus avant le conclave par Benoît XVI laissent augurer de relations difficiles, notamment avec les catholiques d'Amérique Latine : "lors de l'homélie, il a uniquement évoqué des problèmes du monde occidental", rappelle-t-il.
Mais c'est évidemment des homosexuels - en première ligne dans la lutte contre le sida - que les critiques les plus virulentes sont venues : à Paris, l'association Act Up s'est dite "glacée" et "extrêmement inquiète de l^1élection (...) d^1une personne aussi rétrograde en matière de prévention du sida et de droits des minorités sexuelles".
Act Up dénonce ainsi "les positions mortifères de l^1Eglise catholique concernant l^1utilisation du préservatif qui engagent sa responsabilité dans le décès de millions d^1hommes, de femmes et d^1enfants".